Démarche artistique

Dans ma pratique, mon regard est interpellé par les rapports entre l’Homme et l’Animal. J’ai grandi entourée de chevaux, de chiens, de chats, de moutons, de chèvres, de dindons et d’hirondelles des granges. Mon père, trappeur, chasseur et pêcheur, animait mon enfance de contacts avec des peaux et des carcasses animales. Ces présences faisaient partie de mon quotidien et étaient une opportunité de m’approcher d’un univers sauvage et fascinant. Vies et morts, enfants et animaux devenaient pour moi normalité, simplicité du jeu, vision du monde. De nos jours, de telles associations créent de multiples interprétations selon les référents et le parcours de chacun, suscitant parfois le mystère, parfois l’étrangeté.

 

D’un point de vu philosophique, je me questionne sur les rapports à la fois de puissance et de protectionnisme que nous entretenons avec l’animal et qui nous permettent tour à tour de l’abattre ou de le protéger. Je découvre à quel point cette question de l’animal exprime un malaise collectif profond. « Les animaux pensent-ils? Sont-ils doués de la raison? Ont-ils la même sensibilité que nous? Faut-il s’interdire de les manger? Mais pourquoi donc restent-ils silencieux? » (Elisabeth de Fontenay, Le Silence des Bêtes « La philosophie à l’épreuve de lanimalité », France, Fayard, 784 p.) 

 

Par la cohabitation du dessin et de la peinture, je propose des rencontres ambigües entre l’Homme et l’Animal. Mes expérimentations picturales sont inspirées de photographies anciennes (tirées de mes albums familiaux), mais également de portraits photographiques dont je suis l’auteure. C’est un regard qui m’appelle, la position des corps, la présence d’Humain et/ou d’Animal qui motive mon choix d’une image. C’est alors ce portrait que je m’approprie et que je décontextualise de son univers photographique en l’isolant sur le support. Ensuite, j’attribue au personnage un animal ou un élément qui habite l’espace avec lui, mais qui ne répond pas forcément aux mêmes contraintes de proportions ce qui évoque aussi l’ambiguïté. L’association Homme-Animal est finalement réinterprétée par la peinture ou le dessin dans un espace actuel souvent abstrait ou vaporeux. Dans certains cas, l’utilisation de patrons textiles et de feuilles d’or enrichit mes oeuvres d’un discourt sur la temporalité et sur les savoirs-faire d’une autre époque.